Expansion néolibérale et accords de libre-échange : l'émergence d'une solidarité continentale

1994-2005

Au lendemain de la crise de la dette de 1982 et des conflits armés en Amérique centrale, les gouvernements d’Amérique latine, certains lourdement endettés, se virent imposer des politiques d’ajustement structurel inspirées du modèle néolibéral par les institutions internationales dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Encouragées par le lancement de l’Initiative pour les Amériques par les États-Unis, ces politiques entraînèrent des vagues de privatisation, de libéralisation économique par l’ouverture des marchés, de déréglementation et de réduction des impôts pour le secteur privé. Dans la poursuite d’une logique d’intégration économique internationale, la décennie 1990 vit la majorité des gouvernements des Amériques se montrer favorables aux accords de libre-échange proposés par les principales puissances économiques.

Les luttes contre la montée du néolibéralisme, les grands sommets et les accords de libre-échange et d’investissements furent menées par des groupes populaires, environnementaux et syndicaux à travers le continent. L’organisation des mouvements de résistance en opposition au modèle économique et aux projets d’intégration donna naissance au mouvement altermondialiste. Tant au Nord qu’au Sud, les voix de protestation se levèrent contre le recul des politiques sociales et l’augmentation des inégalités.

Le soulèvement zapatiste au Chiapas, dans le sud du Mexique, en réponse à l’entrée en vigueur de l’ALÉNA en 1994, ainsi que ses principes anticapitalistes et ses revendications d’autonomie furent une source d’inspiration emblématique pour les luttes qui se déclenchèrent par la suite. Au Québec, le Réseau de solidarité avec le Mexique fit un travail significatif de dénonciation des effets néfastes de l’ALÉNA et surtout, de la répression exercée par le gouvernement mexicain contre sa population, notamment lors du massacre d’ACTEAL en 1997 contre la communauté autonome Las Abejas.

Un Forum spécial pour la réforme de l’État a eu lieu en 1996 au Chiapas, Mexique, dans le cadre des négociations pour un accord de paix en vue de la reprise du dialogue de San Andrés. Les comités civils et de nombreuses organisations sociales et politiques de divers horizons ont été invités par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN).

Photographie de Constance Vaudrin

En 1998, de fortes protestations eurent lieu à Montréal lors de la campagne internationale contre l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), négocié en secret au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et visant à libéraliser les mouvements de capitaux. En 2001, le Sommet des peuples des Amériques demeure un moment marquant pour le mouvement altermondialiste. La forte mobilisation sociale qui eut lieu à ces occasions eut des répercussions importantes dans l’ensemble des Amériques. Elle permit la consolidation des liens Sud-Nord et la création d’alliances et de réseaux pour contrer les projets comme la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), pavant la voie à une victoire des mouvements pour le mettre en échec, ce qui fut officialisé en 2005 à Mar del Plata en Argentine.

L’Alliance sociale continentale (ASC) a été formée en 1997 par des organisations sociales et syndicales de 35 pays des Amériques s’opposant à la mondialisation et au libre-échange. L’ASC a organisé le 2e Sommet des peuples (17 au 21 avril 2001) en parallèle du Sommet des Amériques (20 au 22 avril), ville de Québec, 2001.

Courtoisie de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale – AQOCI

Cependant, face à l’échec du projet continental, une approche ciblée fut mise de l’avant, conduisant à la multiplication de traités et d’accords de libre-échange bilatéraux entre le Canada et de nombreux pays, dont le Chili, la Colombie, le Pérou, les pays d’Amérique centrale, entre autres, favorisant les conditions à l’investissement canadien dans les secteurs extractifs. Devant les négociations pour ces accords, des efforts de mobilisation et de solidarité furent fondés, notamment le collectif SOS Colombie qui visait à mobiliser, informer et interpeller le gouvernement sur les impacts d’un accord de libre-échange Canada-Colombie.

Manifestation contre la signature de l’Accord de libre-échange Canada-Colombie (ALÉCC) à l’occasion de la venue du président colombien Alvaro Uribe à Montréal, 10 juin 2009. L’ALÉCC a été signé en 2008 et est entré en vigueur le 15 août 2011.

Archives du CDHAL.

La solidarité durant cette période est en lien direct avec la naissance du Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC) en 2003, un collectif qui travaille pour les droits humains suivant un concept de solidarité directe remettant en question les relations colonialistes de la coopération internationale. Le PASC est un produit de la solidarité dans une perspective globale qui a permis de faire la lumière sur le rôle du Canada dans le conflit armé colombien.

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