De la campagne Outils de paix à la Coalition Romero : la solidarité avec l'Amérique centrale

1979-1996

Au tournant des années 1980, l’Amérique centrale était en pleine ébullition. Le Nicaragua venait de renverser en 1979 la dictature de la famille Somoza après de longues années d’insurrection mouvementée menée par la Front sandiniste de libération nationale (FSLN). En 1980, son voisin, le Salvador, sombrait dans la guerre civile entre le Front Farabundo Martí de libération nationale (FMLN) et la junte militaire. Le 24 mars 1980, l’assassinat de Monseigneur Oscar A. Romero, archevêque de San Salvador, secoua le pays et demeure aujourd’hui un des plus grands symboles de la violence du régime militaire. Au Nord, le Guatemala vivait déjà sous un régime militaire depuis le coup d’État de 1954 contre Jacobo Arbenz Guzmán en réponse à sa réforme agraire qui menaçait les intérêts économiques de la United Fruit Company des États-Unis. Dans ce pays, les années 1980 virent une violence sans précédent alors que des centaines de villages furent incendiés et que près de 200 000 mayas furent assassinés par les forces armées. Longuement surnommées « républiques de bananes » et réduits à de simples intérêts économiques, ces pays ont subi pendant de longues décennies l’ingérence des États-Unis dans leurs affaires internes et politiques.

Au Québec, de nombreuses initiatives de solidarité virent le jour devant l’espoir que représentait l’arrivée au pouvoir du FSLN au Nicaragua. Des organisations comme la Centrale de l’enseignement du Québec (CEQ) organisèrent des missions d’observation et de solidarité afin de documenter les nouveaux projets du gouvernement sandiniste, notamment la campagne d’alphabétisation réalisée en 1980. Des représentant-e-s du FSLN vinrent au Québec parler des réussites de la révolution, souhaitant obtenir le soutien de la communauté internationale contre le mouvement contre-révolutionnaire financé par les États-Unis. La campagne pancanadienne Outils de paix mobilisa une partie de l’attention du public pour recueillir des fonds et du matériel à acheminer au Nicaragua par bateau.

Piquetage devant le consulat général des États-Unis à Montréal en appui au gouvernement sandiniste du Nicaragua, mars 1988.

Photographie de André Querry

Face aux horreurs commises par l’État au Salvador et au Guatemala, le Québec se mobilisa pour dénoncer les régimes militaires. L’arrivée de nombreux-ses réfugié-e-s salvadorien-ne-s contribua à renforcer les liens de solidarité à travers l’organisation d’actions de pression et de dénonciation. La communauté chilienne, luttant au même moment pour la fin de la dictature dans son pays, éleva sa voix en solidarité avec les populations d’Amérique centrale. La Coalition Romero vit le jour regroupant de nombreuses organisations dont Développement et Paix, l’Entraide missionnaire, le CCDHAL, Comité justice sociale, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, la Communauté les martyrs du Salvador, le Centre de pastorale en milieu ouvrier, Jeunesse du Monde et Romero-Joliette. La coalition devint un large regroupement de solidarité avec l’Amérique latine par la diffusion d’’informations et l’organisation d’activités et de marches, notamment les 24 mars en commémoration de l’assassinat de Monseigneur Romero. Chacune des marches de la coalition abordait une thématique locale qui renforçait la cohésion entre les luttes, en plus d’appeler à l’action contre l’intervention militaire des États-Unis dans la région et de demander justice pour les victimes des conflits.

Marche de commémoration de l’assassinat de Monseigneur Romero où étaient présentes plus de 700 personnes, Plateau Mont-Royal, Montréal, 24 mars 1986.

Archives du CDHAL

Au début des années 1990, durant le processus de « rétablissement de la paix », on assista à la naissance d’organisations comme le Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) dans le but d’appuyer le retour des réfugié-e-s guatémaltèques qui avaient fui le conflit armé vers le Mexique et qui demandaient une présence internationale par crainte de représailles. Bien que les conflits armés soient résolus, le travail de solidarité se poursuit encore aujourd’hui avec ces pays où la violence continue d’être alimenter par les régimes politiques en place et la globalisation économique néolibérale.

Archives

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Affiches

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Illustrations

Manifestation contre l’intervention des États-Unis en Amérique centrale, Montréal, mars 1988. / Photographie de André Querry

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Conflits armés en Amérique centrale | 40 ans de solidarité et de luttes